LE CHÂTEAU

Lorsque le voyageur arrive par la route de Malestroit, il ne peut manquer d'apercevoir les murs d'enceinte du château. Ils semblent encore veiller sur la vallée de Gueuzon du haut de leur promontoire. Devenu propriété communale en 2013, le château connaît pour la cinquième fois une renaissance.

TROIS CHÂTEAUX, TROIS DESTRUCTIONS

LE PREMIER

iciLa première construction d’un château dans le village est difficile à dater, mais les premières mentions d’une place forte à cet endroit sont de l’année 1118. Fief de la famille  de Rochefort, qui a donnée son nom au village, celui-ci devient un point de passage obligé à l’intérieur du duché de Bretagne, entre Ploërmel et la Roche-Bernard.

 

 

 

Si l’année de sa construction est inconnue, la date de sa  première destruction est  plus précise. Elle fut décidée  après la bataille de Saint- Aubin-du-Cormier, qui mettra un terme à la ‘guerre folle’. Cette bataille a lieu  le 28 juillet 1488, et oppose à la frontière de la Bretagne, 15 000 hommes du roi de France à 11 000 hommes issus d’une coalition entre les troupes  indépendantistes du duc de Bretagne, dont fait partie Jean IV de Rieux, maréchal de Bretagne et comte de Rochefort, et un agglomérat de troupes gasconnes,  espagnole, anglaise et allemande. Cette journée  se conclut par la fuite du comte et un massacre de la coalition bretonne, qui perd  7 000 hommes. La Bretagne aura du mal à s’en remettre, et le château  des Rieux-Rochefort  n’y survivra pas. Privilège  du vainqueur, Charles VIII, alors mineur, ordonne sa destruction.

LA SECONDE

_Anne_de_Bretagne_entre_trois_saintes_(détail)Il sera reconstruit quelques années plus tard, grâce à l’aide financière d ‘Anne de Bretagne, dont Jean IV de Rieux est le tuteur. Elle lui verse une somme de 100 000 écus, ainsi qu’une rente annuelle conséquente,  afin qu’il renonce à ses désirs indépendantistes. Ces fonds l’aideront à financer les travaux.

 

 

 

 

Le château  sera à nouveau détruit sous le règne d’un nouveau roi, Henri IV, mais ce dernier n’y est cette fois pour rien. La destruction est  l’œuvre de la  Sainte Ligue, mouvement catholique,  violent, dont les motivations sont autant religieuses que politiques, et  qui a sévit une dizaine d’années entre 1587 et 1600. Le château  n’appartient plus  à la famille des Rieux, sans descendants, mais  à la famille  De Coligny, protestante. 36 années de guerre de religion, marquées par le massacre de la Saint- Barthélémy en 1572, ont ruiné le pays, décimé sa population, mais  renforcé le pouvoir royal. 4 ans avant l’édit de Nantes qui mettra un terme à ce conflit,  le château de Rochefort-en-Terre  est donc incendié par la volonté du gouverneur de Redon, membre de la Saint Ligue. Il renaîtra encore de ses cendres, suite à son acquisition par Vincent-Exupère de Larlan en 1673, et connaîtra plus d’un siècle de sérénité absolue.

LA TROISIÈME

LE CALVAIRELa troisième destruction est plus atypique, même si elle se situe encore une fois dans une période mouvementée de l’histoire de France. La conscription en 1793 révolte les campagnes et voient chouans et républicains s’affronter. Les chouans s ’emparent du château. Mais cette fois ce ne sont pas les attaquants qui le détruisent, mais ceux qui devaient le défendre. Repris aux insurgés qui s’y étaient retranchés, sa destruction est ordonnée par les républicains, qui  voient dans celle-ci le moyen le plus efficace de ne plus avoir à se préoccuper de cette propriété. Seules les écuries échapperont à cette logique radicale.

 

LE CHÂTEAU ACTUEL

Rochefort-en-Terre-2

Près de 50 ans s’écouleront avant que le château, ou au moins son parc, soient à nouveau occupés. Le docteur Juhel s’y installe en 1843, après avoir transformé les écuries en habitation. Mais la renaissance du château est à dater de l’acquisition, en 1907, de l’ensemble de la propriété par le peintre américain Alfred Klots. Celui-ci modifie totalement l’édifice, y  ajoute tours et étage, pour le transformer en une demeure à nulle autre pareille.

 

 

Cette propriété appartient depuis l’année 2013 à la commune. De gros travaux de restauration vont être engagés à partir de la fin d’année 2016, mais le parc vaut une visite à lui seul. Vous pourrez y découvrir le musée Naïa Museum ouvert en 2015, ou assister à l’une des nombreuse manifestations qui s’y déroulent. L’office de tourisme y organise également des visites guidées.

 

Un regard sur la sorcière du château

Ce n’est pas qu’une légende. La dame a vraiment existé. Elle s’appelait Naïa . La photographie, naissante, a permis de l’immortaliser. Le mystère autour de cette femme tient autant à son style de vie, sa pauvreté extrême, qu’ à son aspect physique. L’imagerie classique des cartes postales montre une femme sans âge, enlaidie par une vêture informe. Son aspect, associé à des dons de guérisseuse et à un style de vie en marge de la société, lui a valu une réputation de sorcière. La population lui prêtait des dons de double vue et la croyait immortelle.  Elle a vécu jusqu’à sa mort, à la fin des années vingt, dans les ruines du château. Son fantôme y est, peut être, encore présent.

En quelques dates

  • 1488 : première destruction ordonnée par Charles VIII, après la bataille de Sait-Aubin du Cormier
  • 1594 : seconde destruction par le gouverneur de Redon, François de Talhouet.  Il incendie le château
  • 1793 : troisième  destruction par les républicains
  • 1843 : les écuries sont transformées en habitation
  • 1907 : le peintre Alfred Klots rachète la propriété
  • 1978 : le Conseil général devient propriétaire, la famille Klots gardant l’usufruit
  • 2013 : le département en fait don à la commune